Ecologie de la Ségosphère

par Guilhem Fouetillou

La question qui nous a menés à réaliser cette étude a été de savoir s'il existe, sur le web, au delà du phénomène médiatique, un véritable mouvement de soutien pour l'investiture suprême de Ségolène Royal, de savoir si ce mouvement se cristallise sous la forme d'un agrégat dense de sites thématiquement et hypertextuellement proches (proches en nombre de clics) et si c'est le cas de décrire l'écosystème de cet agrégat que nous nommons dès à présent "ségosphère" (nous validerons ce choix terminologique en deux temps). Pour mener notre étude, nous avons utilisé nos robots crawler pour explorer la totalité des sites de soutien à Ségolène Royal ainsi que leur voisinage (en date du 14 juin 2006) ; exploration qui a permis de dessiner la carte de cette localité du web.

Sur le mode de construction des cartes ci-dessus, se référer à la partie 3 "Conventions graphiques" des explications sur la blogosphère

1 - Organisation hypertextuelle de la ségosphère

Notre exploration nous a permis de repérer une ensemble de 116 sites connexes (il existe un chemin non orienté entre tout couple de sites) proposant 1540 liens hypertexte sortants dont 45,4% vers d’autres sites de la ségosphère. Rapporté aux tailles respectives de nos deux ensembles (ségosphère et voisinage de la ségosphère), nous obtenons un coefficient d'ouverture de 0,72[1] ce qui signifie qu'en proportion, les sites de la ségosphère privilégient en terme d'hyperliens d'autres sites de la ségosphère.

Ces 116 sites présentent une densité interne de 0,05 soit plus de 6 liens sortants et donc 6 liens entrants par site ce qui est une densité forte.

Enfin 150 liens réciproques[2] engagent 55 sites, parmi ces 55 un bloc de 43 est connexe, cela signifie qu’il existe toujours pour l'internaute qui utilise les liens de navigation proposés par le site un chemin possible entre n’importe lequel de ces 43 sites.

Les trois critères révélés : coefficient d'ouverture, densité interne et liens réciproques prouve que nous sommes face à un agrégat fortement structuré et repérable a priori par ses qualités hypertextuelles, hypertextuellement donc le terme de ségosphère est justifié.

1.1 - Connectivité entrante et sortante[3] :

Nous observons en terme de connectivité sortante une légère loi de puissance : 10% des sites les plus connectés proposent 43% des liens. Ces 10% représentent les sites de soutien qui tentent de référencer tous les autres sites de soutien existants.

En dehors du site de Ségolène Royal Désirs d’avenir, la répartition de la connectivité entrante est décroissante et quasi linéaire ce qui est peu courant sur le web, les distributions suivant la plupart du temps quel que soit le niveau de granularité une loi de puissance. Si on supprime le site désirs d’avenir, les 10% de sites les plus pointés ne représentent que 25% des liens entrants… La « long tail » des sites de comités de soutien à Ségolène forme un « terreau hypertextuel » peu hiérarchisé mais extrêmement fertile localement (desirsdavenir.org autorité incontestable de cette localité)

Notes

[1] Le coefficient d'ouverture d'un camp x se calcule comme suit : proportion de sites non x liés / proportion de sites non x. Ainsi un coefficient d'ouverture inférieur à 1 signifie que le les éléments de x privilégient leur propre camp et un coefficient supérieur à 1 qu'ils privilégient le camp adverse.

[2] On parle de lien réciproque lorsqu'un site a propose un lien hypertexte vers un site b et que b fait de même vers a. Le lien réciproque est une marque forte de lien social car contrairement au lien hypertexte simple, il manifeste une reconnaissance mutuelle entre les deux pages.

[3] Ces graphiques sont construits en classant par ordre de connectivité décroissante les sites de la Ségosphère que l'on retrouve donc en abscisse. Nous avons donc à gauche du graphe les sites avec la plus forte connectivité et vers la droite les sites les moins connectés.