Ecologie de la Ségosphère (5/5)
5 - De l’existence d’une ségosphère
Notre étude écologique nous a menés à préciser les contours de notre localité web. Nous y avons trouvé un cœur thématique précisément circonscrit qui ne présente ni rupture, ni chevauchement mais seulement des glissements en proximités thématiques. Notre hypothèse consistant à nommer cette localité Ségosphère se voit donc validée. La Ségosphère se définit comme un lieu hypertextuellement dense et traitant exclusivement de Ségolène Royal (monothématique) ; lieu possédant un voisinage sortant prolongeant la thématique politique Ségolène.
6 - Discussions
6.1 - Stratégies d’occupation du territoire numérique
Nous avons montré en quoi selon nous l’enjeu de la ségosphère n’est pas de construire un lieu de démocratie participative, de débat démocratique dans la lignée du vaisseau amiral ; preuve en est le peu de productions originales, la forte tendance à la réplication de contenus et l’absence de confrontations d’idées.
Cet enjeu, nous le voyons ailleurs ; il s’agit de gagner la bataille de la visibilité et cette bataille se joue sur deux champs : celui des réponses des moteurs de recherche aux requêtes qui lui sont soumises et celui du territoire même d’information de la ségosphère (le territoire tel qu’il est expérimenté par les usagers lorsqu’ils naviguent dessus).
6.1.1 - Se construire un territoire convaincant
Gagner cette bataille sur le territoire lui-même, cela impliquerait, comme ce fut en partie le cas pour les partisans du non au TCE, de proposer un territoire étendu et dense dans lequel les internautes en quête de débats pour les présidentielles arpentent une ségosphère labyrinthique où la multiplicité des contenus étroitement hyperliés mène inexorablement à une unique conclusion : voter Ségolène (voter non dans le cas du TCE). La ségosphère, eut égard à la pauvreté des contenus observés ne semble pouvoir convaincre par la force des arguments, elle propose un territoire du même dans lequel l'absence d'hétérogénéité peut provoquer de la lassitude. D'un autre côté, la multitude de sites, l'étendue du territoire donnerait-elle à cette ségosphère la force convictionnelle de la masse?
Ainsi cette ségosphère, même si elle possède déjà une taille conséquente propre à impressionner voire à influencer, devra alimenter en contenus cette multitude si elle ambitionne de véritablement devenir un territoire visité, lu et influant...
Gagner la bataille sur le champ des moteurs de recherche se résume en France à gagner la bataille de la googlearchie (hiérarchisation des sites web dictée par google avec son pagerank). En effet, bien plus qu’aux Etats-Unis, Google reste pour les français le leader incontesté de la recherche d’information (plus de 80% de parts de marché pour moins de 50% aux Etats-Unis) sachant que les moteurs de recherche représentent encore plus de 60% de l’origine du trafic web.
Concrètement gagner la bataille de la googlearchie, c’est être suffisamment haut dans la hiérarchie Google pour que le vaisseau amiral qu’est desirsdavenir.org apparaisse dans les résultats de tête du moteur de recherche lorsque des requêtes lui sont soumises sur les futurs thèmes de campagne (gagner la bataille de la requête PS, desirsdavenir ou UMP étant évidemment nécessaire mais aucunement un enjeu difficile à tenir pour les intéressés). La ségosphère s’emploie à gagner cette bataille de par son activité systématique de production de liens vers le site desirsdavenir lui conférant au moins localement un statut de super autorité (le statut d’autorité étant central dans la bonne tenue du pagerank).
Cependant, le rang de petits dans la googlearchie de ces sites du au peu de liens entrants qu’ils possèdent (quelques uns quasi exclusivement au sein de la ségosphère) fait qu’ils n’ont que peu d’influence sur le pagerank de desirsdavenir qui étonnamment reste bloqué à 3 ce qui pour un site de cette ampleur est assez faible (le pagerank fourni par la google toolbar étant un nombre entier entre 0 et 10 évoluant sur une échelle non linéaire, pagerank qui est une simplification du véritable pagerank, seul connu de google, qui doit être linéaire, non entier et non borné).
Ainsi la ségosphère ne semble pas profiter grandement au site desirsdavenir.org dans le système googlearchique, ce dernier restant encore loin derrière les sites de partis comme l’U-M-P (PR de 6), le PS (PR : 6) ou d’hommes politiques blogueurs stars comme DSK (PR : 5), Alain Juppé (PR : 5).
Au final, la ségosphère et le site desirsdavenir connaissent une réussite toute relative dans cette bataille pour la visibilité. Pourtant les stratégies (qu'elles soient explicites ou non, coordonnées ou pas) sont bien présentes :
- Une organisation pyramidale permettant de faire émerger quelques sites de par l'action de dizaines de sites de section locale.
- Une tendance forte à la réplication, construisant ainsi une caisse de résonance qui amplifie un bruit déjà existant mais qui ne l'enrichit pas et qui surtout ne prend pas le risque que ce bruit diverge de trop obligeant ainsi la tête à s'en désolidariser.
Ceci permet l'émergence d'un territoire homogène fortement hiérarchisé de non-contestation. Ce qui fait la force et l'avance de cette ségosphère et du site desirsdavenir.org, c’est qu’ils prennent déjà part à cette bataille de la visibilité ; qu’ils sont sur le champ de bataille à un moment où de nombreux partis et candidats n’ont que vaguement conscience de son existence et de son importance à venir. Cette avance aura forcément des conséquence dans 10 mois et tous ceux qui auront investis ce terrain précocement en retireront assurément des bénéfices.
6.2 - Blogs politiques : fantasme de la démocratie participative
L'effet d'emballement des politiques pour le web avec d'abord la mode du blog personnel et maintenant l'émergence de plates formes de blogs marquées politiquement marque l'annexion par les politiques d'un nouvel outil de communication politique. Les enjeux restent les mêmes que dans les médias traditionnels : être vu, entendu, lu. C'est au niveau des militants que la donne se voit changée, non content d'offir un outil de publication accessible à tous permettant de régler en interne la vie du comité de soutien, ils ont la possibilité de médiatiser leur action au delà de leur habituelle zone de rayonnement, de tisser un réseau militant dense et visible par tous, de coordonner des actions, de mutualiser des ressources. Les perspectives sont nombreuses et peu sont encore explorées mais il nous semble qu'à l'échelle de la multitude des blogs militants, deux fonctions risquent de se stabiliser :
- manifester à la vue de tous l'ampleur des forces en présence indépendamment du contenu proposé
- offrir des outils de coordination et de mutualisation des ressources en interne
