Ecologie de la Blogopole

Ecologie de la Blogopole

par Guilhem Fouetillou (Doctorant COSTECH-UTC)

Cartographie du web politique

La blogopole présentée ici cartographie l'ensemble des blogs et sites politisés français au 14 octobre 2006. C'est là une importante communauté traitant de politique et présentant différents types d'acteurs : de l'homme politique national jusqu'au simple citoyen en passant par les élus, les cadres de parti, les militants, les sympathisants.

Cette blogosphère politique est devenu un véritable champ de bataille sur lequel chaque parti essaye de se tailler la part du lion car si l'on peut convaincre, emporter la conviction par le verbe, le discours et donc en produisant des contenus de qualité et diversifiés ; on peut aussi convaincre par le nombre, à ce moment là, l'enjeu devient de présenter des rangs denses et fournis pour être le plus visible possible et montrer ainsi que l'on possède nombre de soutiens.

Le problème c'est que ce champ de bataille, ce territoire n'est pas le territoire physique sur lequel nous vivons : la terre mais le territoire sur lequel nous naviguons quand nous surfons sur le web, un espace documentaire dans lequel on se déplace avec sa souris et qui oriente notre lecture en ce que chaque page web est lue à la lumière de celle lue précédemment et influe sur la prochaine.

Pour le représenter, nous partons du principe que les sites web sont des lieux en ce qu'ils possèdent une véritable dimension sociale (ils marquent une présence, soutiennent une ligne éditoriale, peuvent rassembler une communauté) et les liens hypertextes qui les lient des chemins entre ses lieux. C'est grace à eux que l'on peut dire que tel site est proche de tel ou tel autre car il suffit d'un clic pour passer de l'un à l'autre.

La blogopole compte 1300 sites, pour donner un ordre d'idée de la croissance de cette blogosphère politique, la même carte en janvier 2006 présentait 246 blogs politiques.

La blogosphère politique en France ne compte pas exactement 1300 blogs, ils sont plus nombreux, l'UMP par exemple avec ses deux plates formes de blogs en annonce un peu moins de 2000 créés mais cela n'indique pas combien parlent effectivement de politique ni combien sont régulièrement mis à jour (ce qui est la condition sine qua non pour qu'un blog garde de l'audience).

Panorama des forces en présence

Partons donc à la découverte de cette carte :

Nous commençons donc avec une surprise, alors que l’on s’intéresse principalement aux stratégies d’occupation du web du PS et de l’UMP, c’est l’UDF qui immédiatement attire notre attention par sa présence, 206 sites dans notre collection, soit presque 1 site sur 5, la tendance était déjà présente en début d’année mais elle s’est confirmée et fortement, la blogosphère UDF est principalement jeune et se structure autour du site des jeunes de l’UDF que nous voyons central au milieu de cette galaxie.

Le PS et l’UMP nous en parlions, allons les voir justement : l’UMP d’abord, constat assez étonnant il semblerait que ce soit la communauté que nous ayons eu le plus de mal à aspirer avec nos robots, presque deux fois moins de blogs que côté UDF alors que comme nous l’avons dit précédemment la plate forme blog militant en compte à elle seul plus de 1400 (mais comme nous l’avions montré dans une étude précédente, une extrême majorité ne propose quasi aucun contenu) et la nouvelle plate forme de l’UMP qui semble avoir appris des erreurs de blog militant cumule déjà 400 blogs, pistes d’explication à cette sous représentation, des blogs jeunes pas encore reconnus et repérés sur la blogosphère, un écart important entre le nombre de blogs créés et le nombre de blogs entretenus.

Le PS maintenant, nous voyons déjà notre espace se structurer de manière compétitive, le PS donc, plus grosse communauté ici présentée avec 237 sites. Structurée autour des sites amiraux que sont le site du parti socialiste, désirs d’avenir, et surtout DSK. C’est là un des enseignements de cette nouvelle cartographie : la DSKsphère qui à l’instar de la ségosphère voit se développer un nombre important de blogs de soutiens qui ont un effet moteur sur sa visibilité. La ségosphère par contre, semble moins rattachée à la galaxie ps, plus excentrée ce qui a pour conséquence de laisser le site désirs d’avenir légèrement esseulé.

Maintenant que nous avons vu les poids lourds intéressons nous à ces communautés qui ont pour terrain d’élection le web et profitent de ce média pour s’assurer une visibilité qu’ils ne possèdent pas ailleurs : champions de cette catégorie : les libéraux, libertariens et principalement alternatives libérale. On a là une communauté très cohérente, structurée, proposant des contenus variés et régulièrement remis à jour, le fait que le président d’Alternative Libérale soit Edouard Fillias fondateur de quid novi, société de conseil en communication web n’étant surement pas étranger à tout cela…

A gauche de notre galaxie PS, le parti radical de gauche de Christiane Taubira, là encore l’exercice de maillage du web en regard du maillage du territoire physique avec des sites de sections, départementaux, régionaux, fonctionne et permet à ce « petit » partie de montrer un visage de « tenor » sur le web.

Les Verts, eux, présentent un placement étonnant, peu nombreux, proches du centre (ce qui signifie qu’ils partagent des liens avec des sites variés et collant la galaxie libérale. Leur proximité la plus saillante restant tout de même celle du PS.

Cap 21 nous avait grandement étonné en janvier dernier en occupant une part conséquente de notre première cartographie, même si celle-ci a repris des proportions plus en rapport avec le poids de ce parti, on voit qu’ils restent des acteurs bien implantés du web, leur placement éloigné des verts mais entre l’udf et l’ump rappelle que Corinne Lepage a fait partie du gouvernement Juppé et que leur candidature pour 2007 se situe au centre.

L’extrême droite est peu représentée, le cumul fn, mnr et mpf dépassant difficilement les 20 sites. Le web ne semble pas être un lieu d’expression stratégique pour ces partis, il y a sûrement à chercher du côté de l’électeur type de ces partis, plus âgé et moins acculturé au web.

Le PCF et la LCR souffrent du même handicap que précédemment, nous faisons là une cartographie des blogs qui sont des formats de publication particulier, PCF et LCR occupent le web depuis longtemps, bien avant la mode des blogs, leur outil de prédilection serait plutôt le célèbre SPIP apporté par la communauté alter-mondialiste française. Malgré ce petit nombre de blogs, l’importance de cette galaxie avait été pointée lors du référendum pour le TCE dans le maillage du territoire du non.

Nous arrivons quasiment à la fin de la construction de cette carte et pourtant nous n’avons toujours rien au centre, nous voyons que chacun occupe ses positions, soigne son maillage, que malgré le caractère compétitif de l’ensemble des proximités se dessinent mais personne au centre. Comme pour la cartographie précédente, ce rôle central est assuré par les analystes, les commentateurs de la vie politique ou de la netpolitique, ce sont eux qui ventilent le débat permettant à l’information de circuler, ceci en proposant aux internautes d’orienter leur parcours, de le baliser vers tel ou tel. On est là dans un lieu de médiation, d’ouverture au champ politique sur le web à l’opposé des centres des communautés qui sont des lieux de convictions mais parfois aussi de répétitions.

Pour terminer, saupoudrés un peu partout, pas vraiment structurés, de nombreux partis, mouvements, sensibilités, de gauche, de droite, du centre, écologistes qui forment la diversité de la blogosphère politique, on citera en bloc : le PRCF, le JRCF, le Parti Radical, le MRC, Génération Ecologie, des partis Gaullistes, Energies Démocrates, Aujourd'hui Autrement…

Ce ne sont là que quelques éléments de réflexion sur cette cartographie politique, mais celle-ci prend toute sa dimension à partir du moment où elle est mise à disposition des acteurs qui la constituent pour qu’ils se l’approprient et l’interprètent au regard de leur expérience sensible de cette localité du web qu’est la blogosphère politique.